Jour 0 :

J’ai rendez-vous à La Cordée, un espace de co-working, pour retrouver la 30aine de fous qui sera présent à la soirée kick-off. Le but : commencer à écrire le 1er novembre à minuit pile, toute la nuit. Le rendez-vous est donné dès 19h30, mais j’arrive bien plus tard. Il faut dire que j’ai des choses à faire :

  • une sieste pour être en forme toute la nuit (et me maudir d’être sortie les deux soirs précédents)
  • préparer mon sac : on y trouvera un grille pain, une couverture[1], des bonbons, du Nutella, des tomates cerises et un ordinateur portable.
  • me déguiser (le NaNo n’empêche pas Halloween !) : je choisis d’être Rosie The Riveter[2].

J’arrive sur place vers 23h. L’espace est immense : il y a des canapés, un hammac, et pleins de petites pièces pour s’isoler au calme. Mais préfère installer mes quartiers dans la salle commune, là où le gros du groupe est installé. Officiellement, parce qu’il va me falloir du soutien et des encouragements pour arriver à écrire. Officieusement, surtout parce que c’est là que se trouve la bouffe !

On organise ensuite un tour de table. Chacun explique en 20 secondes, qui il est, et de quoi va parler son roman. Un top 3 des activités se dessine assez vite; les NaNoteurs sont souvent prof d’anglais, développeur/développeuse ou étudiant•e. Côté pitch, on compte deux histoires de lesbiennes (<3), des histoires impliquant crocodiles, unijambistes ou serial-killers. Mon pitch préféré, c’est celui du roman qui raconte ce que deviennent les amis imaginaires quand leurs enfants meurent. Creepy but cute !

Et puis, minuit approche de plus en plus, il va falloir que je me décide : quel logiciel vais-je utiliser pour écrire ? Au dernier moment, j’installe Focus Writer : c’est ce que j’utiliserais pour les phases d’écritures pures. Je copie-collerais ensuite mon texte dans Scrivener[3] qui est beaucoup plus complet (gestion de scènes, chapitres, fiches lieux ou fiches personnages…)

Jour 1 :

Un peu comme au nouvel an, on décide de faire un compte à rebours pour commencer à l’heure pile. À minuit, tout le monde se jettera sur son clavier (ou son stylo pour certains) et la première word war[4] commence : on aura 15 minutes pour écrire le plus de mots possible !

10

9

8

7

6

5

4

3

2

1

0

Oh putain, il faut commencer ! Est-ce que je suis la seule à n’avoir PAS DU TOUT pensé à ma première phrase ?! Mon cerveau décide que le premier mot sera le prénom de mon personnage principal. Bon, j’imagine que cela veut dire que mon récit sera à la 3ème personne et pas à la première personne. Après cet effort inouï, je bloque. Autour de moi, j’entends tout le monde taper sur son clavier. Aaaaaaaahhhhh ! Mais, moi, je sais paaaaas ! Je la commence où mon histoire ? Et je l’écris au passé ou au présent ?

Bon, quand faut y aller, faut y aller. Je me jette donc à l’eau, j’écris ce qui me passe par la tête[5], et puis je continue. J’écris sans m’arrêter, en essayant de ne pas trop penser à ce que j’écris (Mon dieu, que c’est mauvaaaais !) quand soudain quelqu’un annonce « C’est fini !».

Voilà. Je viens de survivre à ma première word war, et j’ai réussi à écrire 446 mots !




On fait ensuite une pause de 20 minutes (ça épuise – le cerveau – d’écrire non stop !) et on recommence sur le même principe : word war suivi de pause. Ça sera ça pendant toute la nuit.

À 2h du matin, j’en suis à 1876 mots. Mon chéri m’a interdit de rentrer à la maison tant que mon compteur est en dessous de 2500, il va falloir que je reste encore un peu !

À 3h30, je profite d’une pause pour créer une page Excel qui calcule ma vélocité en nombre de mots par sprint, et combien de temps je devrais encore écrire avant d’atteindre les 5000 mots (mon objectif de la nuit).

À 4h02, j’ai dépassé les 3000 mots et déjà mes personnages commencent à faire n’importe quoi : le frère de ma héroïne essaye de faire son intéressant et de devenir héros à la place du héros. J’ai du le recadrer vite fait bien fait.

À 4h17, je me lasse des dragibus alors je vais me faire une tartine de pain grillé au Nutella. Mon voisin de gauche tourne au hot-dog. Ceux qui ne dorment pas écrivent, parfois emmitouflés dans une couverture ou réfugié au fond du hamac.

À 5h05, je viens de finir un word sprint de 15 minutes et j’ai tellement écrit que j’ai un point de côté. Mon compteur annonce 4109 mots. Je suis encore loin des 5000 mots, mais je déclare forfait pour cette nuit : ça devient vraiment difficile !

J’arriverais à m’écrouler dans mon lit à 6h du matin mais la nuit sera de courte durée : je me réveille sans arrêt, et je pense à mon histoire. J’ai totalement oublié de présenter des éléments capitaux au contexte, elle est pleine de trous !




À 10h, j’abandonne donc l’idée de dormir : il faut que je colmate !

À midi, je n’ai en fait toujours pas écrit un mot : je me rends compte que c’est super dur quand on est seul. J’ai du mal à trouver la volonté. Je m’aide alors du compte twitter @NanoWordSprints qui organise des word wars de 5, 10, 15 ou 20 minutes tout au long de la journée. J’adapte un peu à ma sauce pour alterner avec des petites siestes…

Vers 17h30, je décide d’aller prendre l’air et de me changer les idées un peu. Je vais chez Decitre acheter le roman de Chris Baty, créateur du NaNoWriMo[6].

À la fin de la première journée, je finis avec un compte de 5223 mots : je suis carrément fière de moi !




Jour 2 :

On est dimanche, et je n’ai rien d’autre à faire qu’écrire. J’espérais donc bien avancer et écrire autant que la veille. En vérité, j’ai du mal à trouver la motivation toute seule. Je reste sur le principe de petits sprints (parfois 5 minutes, jamais plus de 20) que j’étale tout au long de la journée. En cumulé, j’aurais écrit 1h15 seulement, mais ça m’aura permit de rajouter 2330 mots à mon compteur.




Jour 3 :

Lundi. Jongler entre l’écriture, le boulot et les cours de pole risque d’être d’un autre niveau !

J’essaye d’écrire deux fois 10 minutes avant d’aller travailler mais je peine énormément ! Je n’aime pas mes personnages, ils sont tous insipides et complètement clichés.

À la pause de midi, je prends encore un peu de temps pour écrire. C’est encore plus dur ! En plus de mes personnages innintéressants, je me rends compte que mon intrigue ne tiendra jamais la route sur 50 000 mots ! Je décide de passer de la 3ème personne à la 1ère personne pour m’aider à rentrer un peu plus dans mon récit. Il sera toujours temps de normaliser tout ça en décembre…

Le soir arrive. Je suis au bord de la déprime, j’ai envie de tout recommencer. Plutôt que de faire cette connerie (et d’avoir écrit 8000 mots pour rien), je décide de me faire un cadeau : écrire une des scènes clés de mon histoire (ma héroïne tombe amoureuse d’une jolie fille). J’ai peut-être utilisé mon joker un peu tôt dans l’aventure, mais ça me permet de repartir ! Ça y est, l’inspiration revient ! Mon chronomètre de 15 minutes m’arrête en plein dans la scène. J’ai envie de la continuer, mais finalement, je m’arrête. Ça me permettra de bien reprendre demain ! (et j’espère que l’inspiration durera longtemps car je n’ai pas d’autre jokers en stock !)

Finalement, à la fin de la journée, j’ai bien atteint mon wordcount du jour : 1700 mots !




Jour 4 :

Mardi. Ce soir, je vais à un write-in lyonnais. Je compte dessus pour beaucoup écrire, du coup, je ne m’avance pas pour la journée. Au write-in, je me plains beaucoup de mes personnages nuls (pardon copains NaNoteux), mais en parler m’aide à trouver des idées : j’arrive à écrire plus de 2000 mots dans la soirée.




Jour 5 :

Mercredi. Je relis le 1er chapitre de Looking For Alaska et je déteste John Green : en 3 pages, il réussi à introduire l’histoire, la personnalité (déjà attachante) du personnage principal et les difficultés qu’il va rencontrer. Je relis ensuite la première page de Charlie, mon Stephen King préféré et je le haï tout autant : tout ça tient dans la première page.




Jour 6 :

Jeudi. Les jeudis, je danse normalement de 19h au dernier métro. En novembre, je décide pourtant d’être raisonnable et de n’y aller qu’à partir de 21h. J’arrive donc à écrire mon quota de mots avant d’aller danser. Chris Baty à raison : c’est presque plus facile de trouver le temps dans un emploi du temps chargé au millimètre près car on ne peut simplement pas se permettre de procrastiner.




Jour 7 :

Vendredi : je suis tellement fière de mon coup de la veille qu’aujourd’hui je me plante lamentablement. Pour la première fois depuis le début du projet, je n’ai pas pris le temps d’écrire mes 1667 mots journaliers. Heureusement que j’ai de l’avance et que le week-end arrive !




Voilà voilà. J’ai donc survécu à la première semaine. Rendez-vous le week-end prochain pour un compte rendu de la 2ème semaine : il paraît qu’elle est vachement plus dure parce qu’on est plus dans l’euphorie du début (autant dire que j’ai peur, très peur).

Notes

[1] qui s’est avérée finalement inutile

[2] mais j’ai des problèmes de géométrie spaciale et je ne mets jamais en avant le bon bras. L’année prochaine, je ferais le penseur de Rodin, c’est plus simple

[3] Pour la version Linux, avec une licence gratuite offerte jusqu’en 2016, il faut se rendre sur le forum.

[4] parfois appelée word sprint

[5] Olympe était assise dans sa petite chambre.

[6] Moi, monomaniaque ? Je ne vois pas de quoi vous parlez !